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Les premières demandes de bombardement par les autorités françaises

afficheEn octobre 1944 le colonel Adeline, chef des maquisards qui assiègent Royan, présente un exposé de la situation au général de Larminat, lors de la nomination de ce dernier à la tête du Front de l’Atlantique. Il demande, avant toute attaque, des bombardements massifs par l’aviation alliée pour écraser les défenses ennemies.

Adeline le 3 novembre 1944 conseille à Paul Bouchet, chef de la résistance à Royan, qu’il reçoit à Saintes de quitter la ville de toute urgence, tout en refusant obstinément de lui préciser pourquoi. Ce qui provoque la colère immédiate de Paul Bouchet jugeant qu’il ne pouvait s’agir que d’un éventuel bombardement, forcément dangereux et totalement inefficace.

La visite du général Royce à Cognac le 10 décembre 1944

Le dimanche 10 décembre 1944, le major général américain Ralph Royce, chef de la First Tactical Air Force basé à Vittel vient à Cognac rencontrer le général Corniglion-Molinier, commandant des F.A.A. les Forces Aériennes de l’Atlantique, qu’il supervise. Il s’agit de préparer l’aide aérienne alliée à l’opération Indépendance prévue le 25 décembre pour libérer Royan.
Corniglion-Molinier lui présente son mémorandum mentionnant un “premier bombardement puissant pour déterminer l’évacuation des derniers civils et ouvrir la voie aux opérations psychologiques qui accompagnent l’opération de force”, bombardement à réaliser quinze jours avant l’attaque par les bombardiers alliés, les F.A.A. n’ayant pas les avions nécessaires.

Cinq personnes y participent pour définir les objectifs à bombarder, Larminat qui ne reste que quelques minutes, Corniglion-Molinier, Royce et ses adjoints, le colonel américain Crumrine et le colonel de Chassey, détaché de l’armée de l’air française. Sur ce qui s’est passé, en l’absence de tout procès-verbal, il y a deux versions parfaitement contradictoires. Pour Royce et ses adjoints Royan a été choisi comme objectif. Faux. disent les Français, il s’agit de la Coubre pour Larminat, de la ceinture fortifiée de Royan pour Corniglion-Molinier. Ce dernier qui a déjà remis son mémorandum demandant un bombardement massif remet aussi au général Royce la carte au 1/25.000e "Défense de Royan" de l’état-major d’Adeline montrant la ville et ses défenses fortifiées proches, où des objectifs militaires sont clairement indiqués dans la ville. Conservée aux archives de la R.A.F. cette carte porte deux mentions manuscrites en anglais, "Evacuation by December 15th" et en haut à gauche "Pointe de la Coubre 13 miles from Royan" avec une flèche vers le nord. Le colonel de Chassey, pour lequel il n’y avait aucun problème linguistique rappelle le 17 janvier 1945 que Royce s'inquiète, par deux fois, que des civils français seront inévitablement tués au cours de l’attaque.

Larminat répond que “des ordres avaient été donnés plusieurs fois aux gens de ne pas rester là, et qu’il n’y avait donc aucune raison que les opérations soient arrêtées pour cette raison dans l’ensemble de la zone tenue par l’ennemi. Il a été décidé que les bombardements pourront être réalisés librement après le 15 décembre”.
Dans le Journal du comité de liaison avec la 1st Tactical Air Force conservé au Service Historique de l’Armée de l’Air à Vincennes, journal qui ne débute malheureusement qu’en janvier 1945, figure une note du colonel de Chassey de 1955 disant : "La vérité est que la ligne de bombardement fixée par le général de Larminat laissait la ville de Royan dans l’axe que les alliés avaient la latitude de bombarder. Mention de ce fait lui avait été faite à deux reprises par le général Royce. Le général avait maintenu sa décision, Royan devant être évacué par la population française".
Corniglion-Molinier admet dans sa réponse à Royce du 9 janvier 1945 que la discussion a bien porté sur l’évacuation de la population civile après le 15 décembre, ce qui concerne forcément Royan, la Coubre étant une zone interdite aux civils. Pour le général Royce il ne restera donc, après le 15 décembre, que des Allemands et des civils ayant refusé de partir, donc, d'après ce qui lui a été dit, acquis à l’ennemi. Cette date est donnée au mépris de toute logique car aucune évacuation massive n’était prévue entre le 10 et le 15 décembre et l’étatmajor français le savait parfaitement.
Dans ce même Journal de la section française de la 1st Tactical Air Force”on apprend le 20 janvier que le général Royce demande au général Bouscat, chef de l’armée de l’Air à Paris, de donner son avis personnel sur le bombardement de Royan au général Spaatz. Bouscat répond "qu’il est entièrement d’accord avec le général Royce" et va aller voir immédiatement Spaatz. Il est clair que Bouscat ne tient pas Royce pour responsable de la destruction de Royan et est persuadé que Larminat et Corniglion-Molinier ont bien donné leur accord pour bombarder la ville. Même s’il n’a pas assisté à la réunion de Cognac, Bouscat a eu un entretien avec Corniglion-Molinier et Royce deux jours plus tard à Paris où ce point a dû être évoqué. Quant Royce quitte Cognac, un impitoyable engrenage administratif se met en place, et Royan sera détruite.

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Quel objectif a été demandé par le Général Royce au S.H.A.E.F. ?

Les archives de l’U.S. Air Force précisent cet engrenage. Le mercredi 13 décembre, selon son propre témoignage, Royce fait accepter au Commandement Suprême Allié, le S.H.A.E.F., un bombardement de "la ville de Royan". Nous en avons la confirmation écrite dans le rapport du 14 décembre du général Thatcher, chef adjoint de l’état-major de l’air allié. Il cite parmi les objectifs retenus, sans la moindre ambiguïté, "town of Royan", ville de Royan, sous la référence Lambert 370745. Ces objectifs sont confirmés par le télégramme du 16 décembre du général Spaatz, grand patron des forces stratégiques américaines de bombardement en Europe.

Ce télégramme est adressé au général Doolittle, commandant la 8e Air Force équipée des fameuses Forteresses volantes, mais est transmis automatiquement au Bomber Command de la R.A.F. qui travaille en complète osmose avec les Américains.

Le 18 décembre le général américain Anderson, adjoint au commandant des forces aériennes alliées, résume leur participation à l’opération Indépendance : "La ville de Royan située sur la rive est de l’estuaire de la Gironde est puissamment défendue et à présent constitue le point principal de résistance. La population civile a été évacuée de Royan et après le 15 décembre 1944, la ville et les défenses côtières peuvent faire l’objet d’une attaque aérienne. Toute destruction ou neutralisation temporaire de ces objectifs par une attaque aérienne sera une contribution matérielle au succès et à la réalisation rapide de cette opération et apportera une réduction des pertes des forces terrestres et maritimes". Quand on connaît l’intérêt des Américains pour éviter les pertes humaines, cette dernière remarque prend toute son importance. L’affaire échappe dès lors totalement aux protagonistes de Cognac et passe aux mains de l’étatmajor des forces aériennes stratégiques lequel, seul, peut annuler un tel ordre.

Le général Devers supérieur hiérarchique de Larminat lui demande le 17 décembre de reconfirmer la ligne de sécurité dans la poche pour éviter de bombarder ses propres troupes. La réponse indique une ligne extérieure à La Tremblade, Semussac et Meschers et ne fait toujours aucune mention de Royan, comprise dans le périmètre où les Alliés peuvent bombarder à leur guise. Devers ne manquera pas de le rappeler à Larminat le 18 janvier suivant

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Pourquoi conserver ce bombardement après l’arrêt d’Indépendance ?

Un télégramme du 23 décembre du général Spaatz au général Doolittle met un point final au sort de Royan en déclarant que l’opération Indépendance est remise sine die mais que “les objectifs restent disponibles pour votre attaque [aérienne]”.Un second télégramme du 4 janvier de Spaatz à Doolittle confirme la zone à bombarder fournie par Larminat, et rappelle que "le statut des objectifs reste inchangé". La R.A.F. en est informée mais ni Royce, ni Corniglion-Molinier, ne figurent en double.
Ce même 4 janvier, malheureusement, le mauvais temps annule tous les bombardements sur l’Allemagne et l’Air Vice-Marshal Oxland du Bomber Command de la R.A.F. cherche d’autres cibles pour ses bombardiers et décide d’attaquer Royan la nuit suivante. Il s'inquiète pour la population civile et tente vainement de savoir si l’évacuation a bien eu lieu, et cette dernière chance d’éviter le massacre est perdue. L’état-major de la 1st Tactital Air Force contacté à Vittel ne peut joindre Cognac à cause de mauvaises transmissions, et sans réponse, l’attaque est confirmée en se basant sur les affirmations faites le 10 décembre à Royce. Les télégrammes urgents envoyés à Cognac ne seront remis à leurs destinataires que le lendemain matin à 8 heures, bien après le bombardement.

Les bombardiers Lancaster s’envolent peu après minuit pour un de ces raids de terreur qui sont alors la routine du Bomber Command, pour "détruire la ville fortement défendue par l’ennemi et occupée uniquement par des troupes allemandes". La population civile n’est pas mentionnée, mais il est demandé de ne bombarder que si l’objectif est clairement identifié, à cause de la proximité des forces françaises.

La R.A.F. repère la ville avec les coordonnées 372753 de Lambert, soit un point de longitude 37,2 et de latitude 75,3, en plein centre de Royan.Donc tout ce qui a pu être dit sur une erreur d’objectif n’a aucun fondement. En réalité, sept Mosquitos guident les bombardiers en balisant, avec 1 242 fusées rouges et vertes, le véritable objectif, le centre, un quadrilatère à écraser sous un tapis de bombes. L’attaque a lieu en deux vagues afin de mieux détruire la ville et, dés la fin de cette attaque, Royan est rayée de la carte. Les Allemands ont perdu 47 hommes et 442 Royannais y ont laissé la vie sur les 2 223 restés en ville, et 300 à 400 sont blessés.

poste

Responsabilités

Il est clair qu’elles sont partagées.Un bombardement massif a été demandé par les Français et la définition des objectifs lors de la réunion de Cognac a été bâclée. Si Larminat et Corniglion-Molinier n’ont certainement jamais envisagé que le centre de Royan soit rasé sans que les objectifs militaires de sa ceinture fortifiée le soient, ils n’ont absolument rien fait pour protéger la population.Les archives de la R.A.F.donnent bien “Mollinière”, soit Corniglion-Molinier, comme celui qui a demandé le bombardement.

La R.A.F. a réalisé trop bien le bombardement demandé, et pense très justement qu’elle aurait mieux fait de garder ses bombardiers au sol en l’absence d’une véritable confirmation de l’évacuation totale des civils.

La R.A.F. a réalisé trop bien le bombardement demandé, et pense très justement qu’elle aurait mieux fait de garder ses bombardiers au sol en l’absence d’une véritable confirmation de l’évacuation totale des civils.

Il est donc impossible de considérer que tout à été décidé par le seul général américain Ralph Royce lors de la réunion du 10 décembre à Cognac. Il n’a fait que concrétiser la demande des militaires français. Limogé le 29 janvier par Eisenhower qui ne veut pas d’ennuis avec le gouvernement français, il ne passe nullement en conseil de guerre, mais est muté aux Etats-Unis à un important poste administratif. Considéré par les autorités militaires françaises comme le responsable de ce bombardement inutile et meurtrier, il est cependant fait Commandeur de la Légion d’Honneur par le gouvernement du général de Gaulle le 26 mai suivant et, très flatté, en remercie chaleureusement le général Bouscat. LA POSTE

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