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plan claude_masseAu début du XVIIème siècle, Royan est une puissante citadelle. « C'est une des meilleures places pour sa grandeur qui fut en France », estime le duc d'Épernon.

Sa puissance sécurise le commerce qui se développe. Mais, murée dans ses remparts, elle demeure d'un accès difficile, voire impossible pour les grosses charrettes.

Les entrepôts, des « masures » de mariniers se construisent en bordure de la conche, hors les murs. Ainsi, dès le début du XVIème siècle un faux-bourg grandit, épousant la courbe de cette conche.

La citadelle, depuis l'Édit de Nantes, est une place forte huguenote. Par deux fois, en 1622 et 1623, les armées de Louis XIII en feront le siège. Le second fut terrible pour les Royannais. Ils durent l'évacuer avec interdiction de revenir s'y installer. Ceux qui restent s'entassent alors dans le faux-bourg.

Abandonnée, elle tombe en ruines. Vers 1630, Richelieu ordonne la destruction des maisons et l'arasement de la forteresse. Pour survivre, ce faux-bourg, qui n'a même plus une église, se trouve rattaché à la paroisse rurale de Saint-Pierre. Dans un acte notarié de 1724, un siècle après le drame, les Royannais sont signalés comme « natifs du Faux-bourg de Royan, paroisse de Saint-Pierre ».

Heureusement, au début du XVIIIème siècle, le commerce reprend. Bordeaux devient le premier port de commerce du royaume, le second d'Europe après Londres. Cet essor profite à Royan, halte obligée à l'entrée de la Gironde. Alors qu'avec l'émigration des protestants, la population en 1709 n'était plus que de 400 feux Un « feu » : plus ou moins quatre personnes, en 1716 elle dépasse les 500 feux.

Peu à peu, le faux-bourg s'étoffe. Il s'étend le long du chemin qui conduit à Saint-Pierre. Passé le riveau du Font de Cherves, ce chemin se dédouble. Une branche continue à longer la conche, une autre remonte vers Saint-Pierre. Très vite, ce carrefour perdu au milieu des champs est bordé par des maisons. Se crée ainsi une petite place, boueuse encore, certes, mais aux contours précis. Depuis 1622, en bordure, s'est ouvert le couvent des Récollets. Cette petite place devient « la Place du Centre » plan claude_masseVoir le plan de Claude Massé.

A la fin du XVIIème siècle, les Sœurs de la Charité, les « Sœurs grises », construisent un petit couvent sur le « chemin de Saint-Pierre ». Accolé à celui-ci, une petite chapelle avec un clocheton. Vers 1750, on érige au centre de la place une Halle ouverte Elle devait ressembler aux Halles que l’on voit encore à Cozes ou à Pisany, une toiture soutenue par de solides piliers.

En 1769, le marquis Anne-Charles Sigismond de Montmorency Luxembourg vend le marquisat de Royan au Maréchal de Sénectère pour la somme de 183 000 livres. « La prise de possession du marquisat est faite par Jean Moreau l'Aîné, fondé de pouvoir du Maréchal, le 9 novembre 1769, entre neuf heures du matin et midi. Devant les manants et habitants assemblés sur la place du canton dudit bourg... (le fonde de pouvoir) passe sous la Halle ouverte dont il touche les piliers ou poteaux qui sont en pierre, en signe de ladite possession... » Cité par Guy Binot : « Histoire de Royan ».

Royan est maintenant un bourg avec sa Place, sa Halle. Dès le milieu du siècle, on trouve dans un acte notarié : « Jacques Bernard, maçon, demeurant au lieu de Royan, paroisse de Saint-Pierre ». En 1774, il y a 586 feux. En cinquante ans, la population du bourg a augmenté de plus de trois cents habitants. Ce qui est beaucoup pour l'époque. Aussi, le 23 janvier 1781, le contrat de mariage de « Demoiselle Jeanne Esther Thomas » mention « demeurant dans le bourg et paroisse de Royan ». A la veille de la Révolution, Royan est devenu un vrai bourg de plus de 2 000 habitants.

En décembre 1798, l'Assemblée Nationale vote le principe de la division du pays en département, districts, cantons et communes. Le 29 décembre, sont convoquées, pour les premières élections, les Assemblées primaires. Mais se pose à Royan le problème du local. Les « biens du clergé étant mis à la disposition de la Nation » depuis le 2 novembre, l'Assemblée primaire se réunit dans l'église du couvent des Récollets. C'est la plus grande salle et elle ouvre directement sur la « Place du Canton », au cœur du bourg.

Les biens du clergé sont mis en vente. C'est un riche bourgeois, Jean Boisson, ancien capitaine au long-cours, qui achète, le 25 février 1791, pour la somme de 83 000 livres, le couvent et les 33 hectares du jardin situé derrière. Il fait immédiatement commencer la démolition du couvent. Mais celui-ci servait d'hôpital pour la Marine. Jean Boisseau prouve que le couvent, installé dans le vallon du « Font-de-Cherves est insalubre. Il propose alors à la Marine de Transférer l'hôpital dans le couvent des « Sœurs grises », construit sur les pentes du plateau calcaire, donc sur un terrain sec et aéré. Son offre est acceptée. Le couvent des Récollets sera démoli. On construira sur son emplacement un nouveau bâtiment. Quant à l'hôpital, il restera au couvent des « Sœurs grises » jusqu'à sa destruction lors du bombardement du 5 janvier 1945.

Ces péripéties prouvent l'importance que tient une « Place » dans la vie d'une collectivité. On décide, pour la première fois, de l'aménager. Pour faciliter la circulation, on construit deux petits ponts qui enjambent le ruisseau du « Font-de-Cherves », l'un sous la route de Rochefort, qu'on appelle, depuis que Royan est chef-lieu de canton, la « rue du Canton », et l'autre, le pont de Rivallet, sous le chemin de Saint-Pierre. La portion de la place comprise entre la halle et l'ancien couvent portera le nom de rue du Four plan avant_revolutionVoir le plan de la Place à la veille de la Révolution.

plan avant_revolutionAvec les soubresauts de la Révolution, l'Assemblée décide, pour cimenter de nouveau l'unité nationale, d'organiser de grandes fêtes patriotiques. C'est ainsi que, le 4 novembre 1792, se tient sur la Place du Canton, la première grande fête entièrement laïque. L'année précédente, on avait planté sur la place « un arbre de la Liberté ». Ce 4 novembre, on fête la victoire de Valmy. La foule est réunie sur la pace, autour de l'arbre. Le maire harangue les habitants, puis tous prêtent solennellement le « Serment civique ». La cérémonie se termine à quatre heures de l'après-midi, par des danses, aux cris de « Vive la Liberté, Vive la République ».

Mais l'absence d'un Hôtel de ville se fait de plus en plus sentir, surtout après la Révolution. Le juge de paix, Monsieur Correnson, estime que l'emplacement de l'ancien couvent, donnant sur la place, est idéal pour installer une municipalité. Á la mort du propriétaire, il fait un don de 10 000 francs, payable à son décès, si la Ville achète le bâtiment.

Lors de la vente, c'est un Bordelais, Monsieur Guestier, qui, poussant les enchères, obtient l'ancien couvent et ses jardins. Furieux, Monsieur Correnson ne lègue plus que 8 000 francs à la Ville. Le maire, incité par le conseil municipal, en propose le rachat à Monsieur Guestier pour la somme de 20 000 francs. Quatre mois plus tard, l'affaire est conclue.

plca du centre _1868

La Ville est enfin propriétaire d'un immeuble. Pour 10 000 francs elle en revend une partie et s'installe, en 1837, dans le bâtiment. Elle a « pignon sur place ». Elle fait transformer les jardins qui se trouvent derrière la mairie en promenade. On y plante 48 ormeaux.

Avec le développement du tourisme balnéaire, l'été, les Halles deviennent insuffisantes. Les paysans arrivent de toute la région pour y vendre leurs produits. Le maire autorise ces « forains » à s'installer dans la rue du Four et dans les rues adjacentes, à condition de « laisser entre leurs bancs et les maisons un intervalle suffisant pour que les propriétaires puissent ouvrir leurs contrevents ».

Mais avec la présence de la mairie sur la place, se pose le problème de l'esthétisme : « une mairie exige une place pour la symétrie du décorum ». Ces Halles « qui couvrent la place sont d'un aspect hideux, fort peu en harmonie avec les constructions qui les entourent », conclut un rapport du conseil municipal. On décide donc de les détruire. Le projet d'un marché couvert, le long de la mairie, est accepté en mars 1845 et immédiatement construit.

plca du centre _1860Sur la place ainsi dégagée on a enlevé quelques vieilles maisons et érigé une fontaine surmontée d'une grande colonne. Le 30 avril 1848, on plante sur la place, lors d'une cérémonie « républicaine », un frêne vigoureux, symbole de la Liberté. Vers 1860, sous le Second Empire, Royan est devenu une élégante station balnéaire régionale. La Ville continue à se moderniser. Dès 1864, la Place du Centre est éclairée par des « becs à huile de pétrole ». En 1868 on installe l'éclairage au gazplca du centre _1860 Voir le plan et la gravure de la place vers 1860 .

Le guide « Joanne » de 1862 incite vivement les touristes à visiter la Place du Centre et son marché. Il n'y a plus d'église dans le centre ville depuis la destruction de la citadelle en 1630. Vers 1850, le conseil municipal prend l'affaire en main. Il faudra plus de vingt ans de tergiversations pour arriver à choisir l'emplacement du nouvel édifice.

Le 7 juillet 1867, lors d'un dernier vote, grâce à la voix déterminante du maire, on décide de construire l'église non loin de la Place du Centre. De style néogothique, elle sera consacrée en 1875. Le centre ville s'en trouve métamorphosé. Les places « du Centre » et de « Notre-Dame », qui communiquent largement entre elles, aèrent le centre de la cité plca du centre _1939 Voir le plan de la place en 1939 .

Á la mort de Gambetta, la Grande rue devient et restera la rue Gambetta. En 1893, l'ingénieur civil Louis Lair capte la nappe phréatique qui se trouve sous la Seudre, dans la région de Pompierre. Pour la première fois, on peut avoir l'eau courant dans sa maison à Royan. Pour agrandir la Place du Centre, on détruit la fontaine et la colonne qui s'y trouvait.

plca du centre _belle_epoqueÁ la Belle Epoque, avec 150 000 estivants, le marché est devenu trop petit. La municipalité décide de remodeler, une nouvelle fois, le centre. On crée, derrière la mairie, le long du vallon du Font-de-Cherves, une nouvelle vie d'accès, le boulevard du Marché. Dans le fond du vallon, il communique avec les routes qui conduisent vers la Seudre et Rochefort. Ce qui permet d'alimenter le marché en évitant les petites rues du centre ville. De plus, pour désengorger la place, on installe de chaque côté du nouveau boulevard du Marché, des allées couvertes.

En 1927, le maire Paul Métadier rachète les deux casinos de Foncillon. En 1929, il installe la mairie dans le plus ancien, celui qui donnait sur la rue du casino et qui devient la rue de l'Hôtel de Ville. Sur la place, le bâtiment de l'ancienne mairie est démoli. On coupe les arbres pour aérer l'espace.

Le 23 juin 1940, les troupes allemandes occupent Royan. Lors du bombardement du 5 janvier 1945, la Place du Centre est totalement détruite. Les 14 et 15 avril, les bombardiers américains achèvent l'œuvre de destruction. Entre 1945 et 1950, on va déblayer, nettoyer. Dès le mois de juin 1945, le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (M.R.U.) confie à Claude Ferret, urbaniste, la réalisation du projet directeur de la ville future. « C'est la destruction totale de l'agglomération qui m'a permis d'établir un plan d'aménagement qui puisse rivaliser avec les grandes stations européennes » écrira-t-il.

Ce plan d'aménagement est publié au J.O. du 14 septembre 1946. Le cœur de la ville est ordonné selon trois grands axes :

  • le boulevard Briand, dans le vallon du Font-de-Cherves
  • à l'entrée du marais de Pousseau, la « tache Verte »
  • épousant la courbe de la Grande Conche, le « Front de mer »

plca du centre _belle_1900Á la jonction du boulevard Briand et du Front de mer, et débordant très largement l'ancienne Place du Centre, il est prévu une immense place, qui deviendra la « Place Charles de Gaulle ». Pour lier les deux ensembles de bâtiments qui constituent le Front de mer, on décide de construire un portique.

Il ne fut pas du goût des Royannais qui, pour une fois qu'ils avaient une vaste place ouvrant amplement sur la mer, ne voulaient pas de ce « barrage qui coupe l'horizon », cette « fantaisie onéreuse d'architectes ». Dans un premier temps, la municipalité refusa donc le projet de passerelle.

Mais l'architecte Simon revint à la charge : « le Front de mer... comporte deux ensembles de bâtiments séparés par un espace de 90 mètres sans aucun lien entre eux... Il est apparu absolument nécessaire pour obtenir une unité architecturale de relier ces deux corps de bâtiments par un portique continuant le rythme et la cadence des portiques existants sous les bâtiments. Ce portique crée, du même coup, l'unité de circulation ».

En octobre 1951, le ministre Claudius Petit défend le projet des architectes et promet une aide financière de l'Etat pour sa réalisation. Lors de sa réunion du 10 octobre 1953, le conseil municipal adopte le projet du portique. Le 31 mars 1954, on pose la première pierre. Toutefois, le portique en béton résiste mal à l'air salin. Très vite, il menace ruine. On est obligé de le détruire en décembre 1985. Et, pour la première fois de son histoire, la place ouvre, enfin, largement sur l'estuaire, sur la mer.

plca du centre _en_de_gaulleplca du centre _1939On construit sur cette place une galerie marchande moderne dont l'architecture s'harmonise avec les immeubles qui l'entourent. On avait prévu d'installer les bâtiments de la nouvelle mairie en bordure de ce magnifique espace. Malheureusement, par manque de crédits, le projet est abandonné. La municipalité émigra avenue de Pontaillac, loin du centre, dans une ancienne villa achetée en septembre 1939. La Ville voulait y installer un établissement secondaire. Restaurée après la guerre, cette villa abrite depuis 1955 les locaux de la mairie.

Yves Delmas

Yves Delmas

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