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richelieuLe cardinal de Richelieu avait conçu un projet qui, s'il avait été réalisé, aurait certainement apporté au pays de Saintonge une importance et une prospérité non négligeables.

Le voici exposé dans sa conception initiale et dans ses arcanes.

Le cardinal de Richelieu qui projetait un grand établissement dans la Saintonge, avait résolu de faire conduire, à ses dépens, un canal de l'extrémité de la Seudre jusqu'à la Gironde dans un espace de 4 lieues au plus. Il espérait être remboursé de ses frais par le grand usage que l'on aurait fait ; car l'expérience est certaine que les bâtiments qui sortent à Bordeaux, perdent beaucoup de temps à attendre pour le vent soit à Royan, soit au Verdon, ce qui n'arriverait pas si la facilité de ce canal leur épargnait la peine de doubler la pointe qui est à l'embouchure de la Gironde. On pourrait joindre à ces motifs, des considérations encore plus fortes. Les corsaires anglais et les capres (1) Petits bateaux corsaires.des îles de Jersey et de Guernesey infestent en temps de guerre nos parages et l'embouchure de la Gironde.Combien n'ont-ils pas pris de petits bâtiments frettés à Bordeaux pour La Rochelle, et ce qui est plus digne d'attention, chargés pour le compte de la Marine de Rochefort. Des provisions nécessaires à un armement et malheureusement interceptées, peuvent faire manquer par un délai fatal une entreprise dont la réussite est attachée à une expédition vive et prompte.

La navigation de ce cabotage est si fort troublée par les pirates que les négociants rochelais, lorsqu'il s'agit de faire passer actuellement des marchandises à Bordeaux, préfère à la voie de mer, un transport bien plus coûteux, la voiture par terre depuis la Seudre jusqu'à la Gironde. Si cet espace de terrain est creusé, quels avantages n'en résulterait-il pas pour la marine militaire et marchande. Les importations se feraient de tous temps avec plus de célérité et sans risque durant la guerre. J'ai vu dans les Mémoires manuscrits de feu monsieur Masse, ingénieur ordinaire du roi, un projet concernant un canal de communication entre la Seudre et la Gironde.

C'est là une entreprise hardie, de celles qui n'embarrassaient pas le génie créateur de Richelieu. A côté d'une ville aussi peu sûre que La Rochelle où le port pouvait à tout temps être à la merci des Anglais, Brouage dont il avait fait une place de premier ordre avait besoin de communications sûres. Or le canal de Broue était précisément trop près de La Rochelle et trop exposé lui aussi aux incursions de la course anglaise. Le pertuis de Maumusson, entre la Coubre et la pointe sud de l'île d'Oléron, était souvent dangereux. L'entrée de la Gironde n'était pas plus sûre, elle non plus, que les côtes de Saintonge ou d'Aunis. Ce canal qui, à travers les terres, aurait relié directement Brouage à Bordeaux, aurait permis à Richelieu de faire sortir ses navires selon les besoins et l'opportunité, tantôt par Brouage, tantôt par la Gironde et de dépister ainsi la surveillance ennemie peut être bien de la surprendre entre deux feux.

Ce projet qui aujourd'hui avec les moyens de communication dont nous disposons actuellement serait évidemment sans intérêt, était au contraire à cette époque une vue véritablement géniale.

richelieu 2Mais pour l'exécuter, il fallait être le maître du terrain. Richelieu ne s'embarrassa pas point de cette difficulté. Il convoqua ses ingénieurs, spécialement sans doute d'Infreville qu'il avait fait venir à Brouage après le siège de la Rochelle, fit établir des devis, supputa la dépense, supputa aussi les revenus que les droits de passage dans le canal pourraient lui rapporter. Il conclut que l'opération était viable. Il se mit aussitôt à l'exécution. La première question, qui se posait c'était donc d'acquérir le terrain. Richelieu y mit une partie de sa fortune. Un certain nombre de seigneuries s'échelonnaient tout au long de la côte et qu'il fallait traverser. Richelieu traita avec ceux des seigneurs qui consentirent à lui vendre leurs fiefs de bon gré et moyennant bon prix.

Mais il y eut quelques récalcitrants. Richelieu n'alla pas, comme on dit, par quatre chemins il les expropria en faisant décréter par le Parlement la vente d'office de leurs terres, tout comme aujourd'hui on exproprierait un propriétaire pour raison d'utilité publique.

Il possédait déjà personnellement Hiers et Brouage non pas, il est vrai, à titre de seigneur personnel, mais à titre d'engagiste du Roi, il avait versé en plusieurs fois un total de 146 486 livres de prêts divers au Roi qui lui avait engagé cette terre : 12 juillet 1627 : 34 650 livres ; 14 juillet : 10 000 livres ; 12 juillet aussi : 70 000 livres ; 12 juillet encore : 31 836 livres.

Il tenait donc déjà le premier maillon de la chaîne. Quelques mois plus tard, le 27 novembre 1627, il achetait à Timoléon d'Epinay Saint-Luc, pour 150 000 livres, la baronnie d'Arvert qui était estimée à 4 000 livres de rentes.

En 1638, le 26 avril, il achetait également pour 150 000 livres à Samuel Eusèbe de Campet, baron de Saujon et à sa femme Marthe Viaud de Champlivaut, la baronnie de Saujon, Ribérou et le Chay, d'un revenu estimé ensemble à 4 300 livres. C'est là qu'il comptait réunir le canal de Broue à la Seudre. Vers le même temps, à une date que nous ne saurions préciser exactement car le dossier de cette affaire semble avoir disparu, Richelieu se trouva en conflit avec la famille de Belcier à qui appartenait la baronnie de Cozes. Le dernier baron de Cozes, Louis de Belcier, venait d'être tué tout jeune à l'île de Ré en compagnie de Toiras et des Chantal, en 1631. Il ne laissait qu'une fille,Charlotte, âgée de 3 ans, que l'on maria à 12 ans, en 1640, à Arnaud d'Aydie de Ribérac, seigneur des Bernardière. Les tuteurs de la jeune baronne de Cozes refusèrent d'aliéner cette terre entre les mains de Richelieu.Celui-ci demanda alors au Parlement un arrêt de vente forcée et s'appropria cette baronnie estimée d'un revenu de 5 000 livres pour le prix que nous ignorons mais qui par proportion avec les autres terres qu'il venait d'acheter, devait atteindre environ 200 000 livres. Mais la famille protesta contre la vente et entama un procès que la famille d'Aydie de Ribérac soutint pendant longtemps. C'est parmi les pièces de ce procès, disparues nous le répétons, que se trouvaient précisément les papiers de la famille de Belcier dont Monseigneur de Beaumont, leur parent, déplorait la perte. (2) Chanoine Barbotin, "Eschillais à travers les âges", p. 68.

richelieu 3Quelques années plus tard, le 23 janvier 1641, il achetait pour 330 000 livres, à Catherine Chabot, épouse de Claude Viguier, la baronnie de Barbezieux d'un revenu estimé de 11 000 livres. Enfin, en 1644, le 7 septembre, il achetait également sur décret du Parlement de Paris à Henri Auguste de Loménie de Brienne, la principauté et le comté de Cosnac pour le prix de 240 000 livres chacun, la première étant estimée d'un revenu de 7 000 livres et le second de seulement 5 000 livres.Cette dernière acquisition était faite en conséquence d'un contrat antérieur passé avant 1642 entre Richelieu et Auguste de Loménie qui était un des secrétaires du cardinal et qui avait à liquider la succession de l'aïeul de sa femme de Béon-Luxembourg. C'est en s'appuyant sur ce contrat antérieur que Richelieu, dans son testament, put léguer Mortagne et Cosnac à sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, bien que la vente officielle après décret ne fût pas encore faite.

Si l'on fait le total de ces différentes acquisitions, (3) A.H.S.A., t III, p. 396 et sq.on constate que Richelieu y mit environ 1 500 000 livres, l'ensemble de ces terres rapportant 40 300 livres. On peut voir en passant que les revenus tirés de leurs terres par les seigneurs n'étaient pas aussi exorbitants qu'on a souvent voulu le dire, puisque les droits seigneuriaux produisaient une rente moyenne ressortissant à environ 2,6 % de la valeur de la terre.

La mort surprit donc Richelieu avant qu'il ait pu exécuter le projet grandiose qu'il avait envisagé, mais il se trouva qu'en vue même de celui-ci, il était devenu l'un des grands seigneurs féodaux de Saintonge. C'est ce qui valu notamment à Saint- André d'avoir le cardinal comme baron de Cozes et par conséquent comme seigneur. Après lui, les différents terres qu'il avait acquises passèrent à ses héritiers et c'est ainsi que les Richelieu, notamment le maréchal, resteront longtemps possessionnés en Saintonge. Il existait encore à Grézac, en 1789, des messieurs de Richelieu aux Allards qui émigrèrent après avoir cachés 20 000 livres en or sous un pilier du portail et qu 'ils eurent la bonne fortune de retrouver après la Révolution.(4) Archives de la famille de Livenne. Dufaure de Vizelle.

richelieu 4Pour comprendre ce projet, il faut se rappeler qu'à l'époque de Richelieu, la Seudre était encore loin d'être envasée comme elle l'est aujourd'hui. Bégon, en 1698, écrivait que la Seudre abritait des vaisseaux de 200 à 300 tonnes. Arcère en cite jusqu'à 500 et 2 000 tonneaux. Le projet, que la mort fit abandonner à Richelieu, reçut un timide commencement d'exécution en 1651 par le comte du Dognon qui entreprit les travaux de Brouage à Saint-Just. (5) A.H.S.A., t XXXVII, p. 335.

Ils reprirent en 1684 par Vauban. Puis, ainsi que le mentionne Arcère, en 1720, par l'ingénieur Masse. Celui-ci dit Arcère, avait inséré dans son mémoire sur la question, un rapport dû à monsieur Ferri, directeur des fortifications, sur le trajet de 4 lieues qui devait réunir la Seudre à la Gironde. Pour qu'il n'y ait que 4 lieues entre la Seudre et Cosnac où devait déboucher le canal, il faut supposer que c'est à peu près à la hauteur de Saint-André de Lidon que celui-ci devait être creusé.

En 1786, le projet de Richelieu déjà plusieurs fois abandonné fut repris encore par Duchêne et l'intendant de La Rochelle,Guéau de Reversaux. La Révolution interrompit tous travaux, mais dès 1800-1810, le projet était encore repris sous la direction de La Bretonnière. Il faisait alors l'objet d'un mémoire à l'Empereur. (6) Noblet, "Histoire de Royan...", p.214Il traîna en longueur et fut encore repris en 1825 sous la direction de Dechamps.Alors le projet patronné par une compagnie envisageait d'ouvrir, de Meschers vers Mornac, un canal susceptible de recevoir des bâtiments tirant de 18 à 20 pieds d'eau. (7) Le Terme, "Notice sur les marais de Marennes et Rochefort ", p. 139.Une fois de plus, le projet revint sur la table d'étude, sous la direction de Gaudin de La Grange et Dor. (8) Lacurie, "Précis historique...", p. 23-24.

Un nouveau projet fut enfin mis sur pied en 1882, prévoyant un tracé partant de la côte entre Brouage et Le Chapus, et aboutissant à Royan, sur 38 kilomètres de parcours. Il prévoyait même l'extension du canal au nord jusqu 'à la Charente et portait même le nom de canal de la Gironde à la Charente. (9) Lacurie, "Précis historique...", p. 23-24.

Il est évident que le projet, qui aurait pu réussir avec l'unité de vue et la poigne de Richelieu à une époque où il aurait certainement rendu d'appréciables services, avait de moins en moins de chances d'aboutir au fur et à mesure que la transformation des moyens de transport en diminuait l'utilité.

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